mercredi 10 janvier 2018

Quinzaine Worthy Park

Retour en Jamaïque à l'occasion d'un concept super sympa lancé sur le « BRC » ou « Belgium Rhum Club » (oui, encore un groupe d'alcooliques ... pardon, d'amateurs de jus de canne, qu'on trouve sur fesse-bouc. Et, oui, je le reconnais, FB je m'y suis inscrit uniquement pour les spiritueux --').
Bref, le concept en question sobrement dénommé « #quinzaine » est donc une période de ... 15 jours (oui, ça semble cohérent) au cours de laquelle les membres sont invités à discuter de choses et d'autres autour d'un thème bien précis, en l'occurrence une distillerie issue des trois grandes « familles » du rhum (soit rhum, rum, ron).
On y trouve principalement des retours de dégustation.
J'ai trouvé ça fun et sympa et je me suis donc pris au jeu.
Et puis, ça me donne surtout l'occasion (l'excuse?) d'ouvrir certains samples qui « trainent » depuis trop longtemps à mon goût à la cave.
 
Et donc, après avoir honteusement utilisé un article déjà tout fait pour la quinzaine Millonario (mais si, celui-ci), j'ai fait ça de manière un rien plus réglementaire avec l'ouverture et la dégustation des samples qui vont bien.
 
Sur quoi ça portait ?
Ah oui, bonne question !
 
La quinzaine était consacrée à la distillerie Worthy Park.
 
 
On repart donc faire un tour en Jamaïque (dont les techniques de productions un rien traditionnelles dirons nous ont déjà été développées ici) pour nous pencher plus particulièrement sur le cas Worthy Park qui est tout simplement la plus ancienne distillerie de Jamaïque (et qui est encore en activité) !
Ben oui, on remonte quand même à 1670 lorsque le domaine situé à Lluidas Vale a été offert au Lieutenant Francis Price (un militaire britannique qui n'a pas vécu bien vieux – comme souvent à l'époque – et qui aurait combattu aux côtés d'Oliver Cromwell) pour « actes de bravoure » (soit la reprise de l'île aux espagnols).
Soit, sur la propriété de ce brave Francis, se développera – dès 1710 – la culture de la canne à sucre et fatalement la production de l'un de nos spiritueux favoris.
La propriété grandit avec le temps, la capacité de production de rhum aussi (en ça un peu aidé par le fait qu'elle fournit – comme beaucoup d'autres distilleries jamaïcaines – la Royal Navy) et ce jusqu'en 1950 où on stoppe tout vu que l'état a estimé la production de rhum sur l'île excessiive.
Il faudra attendre 2005 pour que Worthy Park reprenne la distillation, ce qui entrainera la création des marques phares de la distillerie : Rum Bar (un overproof à 65%), qui sera suvi de Worthy Gold (un rhum de 4 ans d'âge).
Mais nous n'allons pas parler de ces deux produits aujourd'hui (tout simplement parce que je n'en ai pas ...), ni des nouveaux embouteillages « Worthy Park » et des finish les accompagnant (pour les mêmes raisons).
Avant de passer à la partie dégustation, on relèvera juste qu'il s'agit de rhum de mélasse (logique me direz vous) et que la distillerie est – à ce jour – toujours une affaire familiale.
 
Maintenant qu'on en sait un peu plus, on va directement passer à la case dégustation, où je me suis penché sur les samples que j'avais donc à ma disposition et qui se sont tous révélés provenir d'embouteilleurs indépendants.
 
On commence facile avec l'Habitation Velier Forsyths WP 151 Proof.
Ben oui, j'ai déjà écrit dessus donc je me contenterai de vous renvoyer (encore) à l'article correspondant.
 
Cette mise en bouche - certes un peu violente au vu du produit - effectuée, passons enfin aux dégustations qui ont accompagné cette quinzaine : 
 

Ultimatum Rum – Single Cask Selection – Jamaica Worthy Park – 10 ans (mars 2006 – 22 septembre 2016) – bourbon barrel – cask 19 – 283 bouteilles – 46°


Embouteilleur néerlandais (si je ne me trompe) arrivant à sortir des produits à des prix hyper concurrentiels parfois géniaux, parfois pas.

Personnellement, le génial se situe plus au niveau du whisky et le « parfois pas » au niveau du rhum (preuve avec le Diamond testé ici). Après ce n'est que mon avis hein.

Peut être ce Worthy Park me fera-t-il revoir mon jugement !
 
Sinon, on peut au moins leur laisser ça, ça fait beaucoup d’info sur l'étiquette.
 
Ultimatum Rum – Single Cask Selection – Jamaica Worthy Park – 10 ans     Ultimatum Rum – Single Cask Selection – Jamaica Worthy Park – 10 ans
Quand je disais qu'il y avait beaucoup d'infos sur l'étiquette
 
La robe est d’un bel or intense.
Le nez part sur le solvant acidulé et les épices typées « pizza » / herbes aromatiques. On repère toutefois qu’il y a quelque chose de plus « rond » là derrière, très loin.
Avec le temps, cet aspect solvant herbacé s’estompe et on part sur des notes plus indéfinissables (une impression de cacao peut-être), légèrement caramélisées.
Le côté fruité ben, je le cherche encore ; par contre quelques touches torréfiées (si !) font leur apparition avec un très léger boisé.
 
En bouche, c’est très solvant (et toujours acidulé). Les fruits exotiques sont très très légers et on a l’impression que le voltage est largement supérieur aux 46° annoncés.
On y trouvera aussi un peu de vanille et de légères (légères hein) notes toastées.
 
Niveau rétro-olfaction, on démarre sur une certaine amertume herbacée au cacao (ouais, c’est louche, je sais, avec le solvant en bonus.
 
La finale est moyennement longue sur cette note amère cacaotée et relativement chaude.
Un côté plus rond fait son apparition avant de repartir plus longuement qu’espéré sur le peu sympathique côté amer du produit.
 
Perturbant et pas extra (bon, Ultimatum, ça a pas l’air top. Après une mauvaise expérience Diamond, y a plus qu’à tester le Foursquare et si c’est aussi bof, on se contentera de ces trois samples là ; pourtant niveau whisky c’’est pas des manchots …).

A oublier donc.

Mezan Jamaica 2005 (Worthy Park) – 12 ans – 46°


Embouteilleur spécialisé dans les rhums des Caraïbes et ne procédant pas à un quelconque ajout (sucre, colorant, ...), il se caractérise également par le fait que chacun de ses produits provient d'une seule distillerie et est millésimé (question : single cask ou small batch ? Réponse : aucune idée) mais aussi (et ça c'est un peu moins fun) par une réduction parfois trop importante (on ne peut pas plaire à tout le monde hein).

 

Mezan Jamaica 2005 (Worthy Park) – 12 ans     Mezan Jamaica 2005 (Worthy Park) – 12 ans
Mezan ou l'art de la sobriété 
 
Le verre nous offre une couleur paille à reflets dorés.
 
Au nez, comparé à l’Ultimatum, ben ça sent tout de suite « meilleur » :-D
On n’est plus vraiment sur le solvant mais plutôt sur le côté vernis et, surtout, en plein sur les fruits (fruits blancs notamment) agrémentés de notes florales (fleur de sureau ?).
Une certaine douceur enrobe le produit avec un côté caramélisé et pâtissier (sur le massepain) qui se fait de plus en plus présent. 

La bouche nous offre un retour sur le solvant tout en finesse avec un caramel à la banane et à l’ananas (ou l’inverse … des fruits caramélisés donc) qui se rappelle à notre bon souvenir.
Les notes fruitées tendent également vers les agrumes.
On repère aussi quelques touches de vanille.
Enfin, si on prend la peine de « mâcher » le produit (oui, j’étais d’humeur scientifique à ce moment là), ça part plus vers des notes de fruits blancs (typées poire) ; ok, elles apparaissent peut-être aussi sans mâcher le produit …
 
La rétro-olfaction est au diapason : solvant, caramel grillé, léger côté herbacé, agrumes et ananas.
 
La finale est plus intense que pour l’Ultimatum et fait la part belle aux notes toastées et épicées (c’est relativement poivré) et au caramel fruité.

C’est assez long en bouche.
 
Tout de suite beaucoup, beaucoup mieux. Un jamaïcain léger et agréable.
 

Worthy Park 2005-2017 – 54,3° - sélection Liquid Treasures & The Whisky Mercenary


Liquid Treasures est un embouteilleur indépendant basé en Allemagne, généralement plus centré sur le whisky.

Le présent embouteillage a été sélectionné et embouteillé en partenariat avec Jürgen Vromans, un « p'tit belge » qui s'est déjà fait un nom dans le milieu des spiritueux et qui tient une boutique dans le fin fond de la Flandre mais qui se déplace beaucoup en salons pour présenter ses produits. Il nous gratifie généralement de produits si pas top au minimum très intéressants (oui, j'aime beaucoup ses sélections).

Et je reconnais avoir un gros faible pour ses étiquettes typées cartoon (ok, ce n'est pas le cas ici mais on y reviendra).
 
C’est en ouvrant mon sample récupéré au dernier Rhum-Discovery chez Hesby que je me suis dit « Tiens mais on n’a pas déjà gouté ça avec Marc, Pascal et Francis ? » … ben en fait si ^^
Donc j’ai pu comparer mes notes (ce qui arrive rarement et qui s’explique vraisemblablement parce que c’est fort peu agréable, mes gribouillis ressemblant plus à du sanskrit qu’autre chose …).

Bref.

 
Worthy Park 2005-2017 – 54,3° - sélection Liquid Treasures & The Whisky Mercenary     Worthy Park 2005-2017 – 54,3° - sélection Liquid Treasures & The Whisky Mercenary
Même si elles ne sont pas cartoon, les étiquettes ont le mérite d'être originales
 
Niveau couleur, on est face à un rhum présentant une teinte d’un bel or soutenu.
 
Le nez se rapproche plus du Mezan que de l’Ultimatum (bon, après l’Ultimatum est à part hein – et pas que pour WP …) avec des notes de solvant acidulé tendant vers les agrumes mais qui s’adoucissent avec le temps.
On y trouve des notes florales, de légères touches fruitées et toujours ce côté pâtissier (plutôt beurré cette fois).
On se dirige ensuite vers un champ plus herbacé avec des notes typées herbes aromatiques (moins trash que dans l’Ultimatum donc).
Un peu de vanille passe faire coucou avant de s’installer plus durablement avec un retour des notes florales et pâtissières.
 
En bouche, il est plus franc et plus intense que les deux autres (que le voltage y serait pour quelque chose que ça ne m’étonnerait pas ^^).
Le côté solvant se fait plus présent mais fait la part belle aux fruits exotiques bien mûrs, ananas et banane en tête.
On ressent également un fin boisé.
Les épices amènent un aspect à la fois explosif (poivre mais pas que) et rafraichissant (le côté herbes aromatiques).
 
La rétro-olfaction nous balade entre léger solvant, fruits mûrs à foison et épices soutenues.
 
La finale reste dans la continuité des notes relevées en bouche mais avec une légère amertume finale (sur un côté plus végétal/bois humide).
Elle est chaude et relativement longue.
 
Comme souvent avec les produits sélectionnés par Jurgen, c’est agréable et bien foutu.
 

L’Esprit – Worthy Park – 9 ans (2007-2016) – 56,9°

Embouteilleur français assez récent,il a toutefois déjà pas mal fait parlé de lui avec des produits assez incroyables, sans ajout et sans assemblages, bruts de fût ou réduits à 46° (ce qui n'est déjà pas mal).
 
L’Esprit – Worthy Park – 9 ans (2007-2016) – 56,9°     L’Esprit – Worthy Park – 9 ans (2007-2016) – 56,9°
L'art de la sobriété (bis) - sinon vous avez vu ? C'était Noël ^^ 
 
À première vue, des WP de chez L’Esprit, y en a plusieurs.
Moi je dois être tombé sur le plus chelou de tous …
Explications :
 
La couleur est engageante : or intense à reflets orangés.
 
Le nez maintenant. Ben au premier abord, … Ouch quoi : BAM dans tes sinus ; prends une bonne dose d’alcool histoire de te remettre les idées en place. C’est trash dis donc (c’est con aussi de ne pas avoir laissé la chose aérer, bien fait pour moi :p).
Et  malgré tout, derrière cet alcool, on a une première impression de fruits secs avec une touche mentholée … WTF ??!
En s’y repenchant après avoir laissé respirer la bête, on retrouve des notes d’agrumes, un léger vernis mais surtout quelque chose de doux et rond qui donne l’impression de ne pas avoir sa place ici tellement c’est incohérent : un caramel au beurre tendance toffee avant de laisser place à des notes torréfiées pour enfin, revenir à ce petit côté vernis acidulé qui nous accompagne depuis maintenant quelques verres.
Un grand huit aromatique en somme.
 
En bouche, c’est chaud, puissant, sur un léger solvant, le caramel flambé (voir des bananes flambées avec plein de caramel) et les épices.
Arrivent alors les notes de cacao et de torréfaction (mais WTF ??! bis).
Ah si, il y a du fruit exotique aussi. Un peu.
Et c’est boisé tendance bois brulé.
 
Niveau rétro-olfaction, c’est chaud, rond (sur le caramel donc) avec une certaine amertume (boisé toasté) et ça présente des notes salées/salines (si, si).
Et j’ai eu la vague impression d’y sentir du fumé.
 
La finale est chaude et très longue, sur le cacao et les notes salines avec quelques touches de fumée (ah ben j’avais pas rêvé).
C’est donc chaud et rond mais pas sur le fruit.
Et ce côté salin est sassez persistant.

Putain mais c’était quoi cet ovni ???

Y a bon (mais vraiment bon hein) mais comparé aux autres, t’as pas l’impression d’être sur du Worthy Park …
 

Rum Cask – Jamaica Single Cask – Worthy Park – 9 ans (2005-2015) – 57,5°

On repart en Allemagne avec un autre embouteilleur présentant des produits au look, comment dire, ah oui, faisant étrangement penser au piafs de chez Silver Seal, la touche artistique en moins ...

Rum Cask – Jamaica Single Cask – Worthy Park – 9 ans     Rum Cask – Jamaica Single Cask – Worthy Park – 9 ans
Vous comprenez maintenant pour l'étiquette ?

Il se présente sous une belle couleur or-orangée à reflets cuivrés.

Au niveau du nez, on repart plus vers le Mezan et le Liquid Treasures que vers L’Esprit (après, est-ce vraiment étonnant ?) ce qui nous donne donc du vernis légèrement acidulé, des fruits blancs et exotiques, une touche florale (sureau, toujours ?) et cette petite note pâtissière tendant vers le massepain.
Y a de la banane et de la vanille aussi qui viennent amener une certaine douceur qui va calmement s’imposer malgré le voltage (ou alors mon nez commençait à rendre l’âme, va savoir … --‘).
On fait marche arrière avec un retour des notes acidulées plus typées agrumes cette fois, ce qui ramènera un peu de fraîcheur après un passage plus « liquoreux » (je me comprends, c’est déjà ça).
 
En bouche, ça claque, on sent les watts et on démarre directement sur la banane et l’ananas chocolatés (siii, je vous jure) même si on a l’étrange impression que des fruits rouges – planqués en embuscade – tentent de se faire une place au soleil.
 
Le côté solvant est plus présent qu’au nez et on retrouve de fines épices à tendance herbes aromatiques (oui, encore) qui amènent un petit côté mentholé rafraichissant.
Sympa.
 
Niveau rétro-olfaction, on se promène de saveurs en saveurs avec – dans le désordre – de l’amertume boisée, du fruit, des notes mentholées et épicées ainsi qu’une touche de fumée.
 
La finale enfin m’a paru plus brève que sur L’Esprit malgré un degré légèrement plus important.
La fraicheur mentholée, les épices et cette légère amertume ressentie plus haut laisse progressivement place aux fruits exotiques (ananas, banane, passion) qui s’imposent sur la longueur.
 
Si je devais faire un classement sur ce que j’ai dégusté, ça ressemblerait à ça :

1. L’Esprit (limite hors concours)

2. Rum Cask (mais d’une très courte tête)
3. LT/TWM
4. Mezan
Loin derrière : Ultimatum
 
Voili voilou ^^
 
Je n'allais quand même pas pondre une bête petite note pour redémarrer l'année hein ;-)
Comment ça le Gin Discovery ? Euh .. oui mais ici j'ai lâchement profité de notes de dégustation déjà tapées, ça simplifie les choses ^^
 
On se retrouve bientôt et, ah oui, bonne année !!
 
 
Rhum n' Whisky

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